Lian Gong Shi Ba Fa 练功十八法

Présentation

Bases de la pratique

      On peut considérer, dans un premier temps, que le Lian Gong Shi Ba Fa 练功十八法 s'inscrit dans la tradition du Dao yin 导引 / Qi Gong  气功 moderne.

      Cette méthode a été élaborée à partir de l'expérience des Maîtres et Docteurs Wang Ziping et Zhuang Yuan Ming, qui ont su intégrer leurs connaissances des Arts Martiaux, du Dao yin, de la MédecineTraditionnelle Chinoise et de la Médecine Occidentale.

    Son objectif est de favoriser le maintien d'une bonne santé générale, de prévenir les troubles ostéo-articulaires, musculaires et tendineux, de corriger les déséquilibres posturaux liés aux modes de vie contemporains et à la répétition de gestes inadaptés. Elle peut également accompagner et prolonger les soins prodigués dans le cadre de la Médecine Traditionnelle Chinoise ou de la Médecine Occidentale moderne. Dans certaines situations, elle peut même constituer, sous réserve d'une évaluation adaptée, une approche thérapeutique à part entière.

Introduction

     Malgré son apparente simplicité et son caractère résolument pratique, le Lian Gong Shi Ba Fa peut révéler progressivement une richesse insoupçonnée.  Avec une pratique régulière, attentive et correctement guidée, il devient une excellente voie d'accès au Dao yin / Qi Gong, tout en constituant une méthode complète d'entretien de la santé. Dans la pratique du Qi Gong, les bénéfices et les niveaux d’action dépendent moins de la quantité de pratique que de la qualité de son exécution : c'est la manière de pratiquer qui en détermine toute la profondeur et l'efficacité et qui ouvre un chemin qui va au-delà de la forme corporelle, des attentes et des prérequis que l’on peut avoir sur le sujet.

Je ne pense pas que l'on puisse s'engager dans la pratique du Qi Gong, seul, avec un livre ou une vidéo et au risque de surprendre, surtout si on a une expérience, dans d'autres disciplines corporelles, qui offrirait la capacité à imiter ce que l'on voit, perçoit et comprend.

Imiter en apparence le résultat sans dérouler le processus et sans construire l'architecture très particulière qui sous-tend la forme. En effet la juste pratique ne nécessite pas simplement de savoir-faire, d'être plus ou moins doué à imiter, à retranscrire une écriture corporelle.

La méthode de Lian Gong Shi Ba Fa est un peu à part, sa fonction même en fait une pratique plus gymnique, abordable avec le corps habituel, ne demande pas la mise en place du Corps de Qi Gong ou Corps de Dao Yin, mais peut aussi être utilisée pour une pratique plus traditionnelle, nécessitant apprentissage et désapprentissage, c'est toujours mon orientation...

Eléments pour la Pratique

Les 3 Conduites ou 3 Régularisations

      Comme méthode s’inspirant du Dao Yin, la méthode de Lian Gong Shi Ba Fa s’appuie sur le principe des 3 導 Conduites ou des 3 三调 régularisations / Harmonisations pour installer la Pratique :

   Selon les écoles, les processus engagés et les personnes, chacune des 3 régularisations peut être première. Mais généralement, et notamment dans le Gi Gong debout et en mouvement, c’est la régularisation du Corps qui est première. Elle offre une bonne lisibilité, concrète, pour prendre la mesure et corrigé, ajusté ou laisser faire.

     Le corps est un « coagula perceptivus », un lieu d’accueil pour la conscience et le souffle.

     Dans un premier temps on choisit de débloquer, d’assouplir et de chasser / transformer les tensions afin que le Qi et le Sang circule plus librement. Le corps va se renforcer dans la souplesse. La respiration va s’harmoniser et l’esprit s’apaiser.

Tiao Shen 调身ou Tiao Xing 调形 Harmoniser ou Régulariser le Corps ou la Forme.

      Cela consiste à ajuster consciemment ou mettre en œuvre des procédés indirects pour ajuster le Corps, détendre (ouvrir l’espace) et relaxer (relâcher les tensions) pour permettre la régularisation du Corps, la régulation de la respiration et favoriser la libre circulation du Qi et du Sang.

     C’est aussi, plus simplement, effectuer correctement les mouvements, sans perdre l’organisation et les capacités d’auto-organisation corporelle « Corps de Dao Yin ». Cela s’entend bien sûr à des niveaux différents, « en commençant par le début, c’est-à-dire avec ce qui est là ».

Tiao Xi 调息 Harmoniser ou Régulariser la respiration.

      Cela consiste à ajuster consciemment ou mettre en œuvre des procédés indirects pour que la respiration devienne, douce, fine, régulière, profonde, silencieuse et longue, pour détendre le corps, apaiser l'esprit et harmoniser la circulation du qi et du sang. C’est aussi simplement accorder la respiration aux mouvements selon la méthode.

Tiao Xin 调心 Harmoniser ou Régulariser le Cœur « les émotions, l’esprit ».

     Cela consiste à Réguler et Harmoniser le « Cœur » (ici, les émotions et les pensées) pour que le couple Attention / Intention s’installe et s’harmonise, que le Corps s’ajuste, se détende et que la respiration s’affine. Plusieurs méthodes sont utilisées en fonction des exercices, du pratiquant et du niveau de travail.

     C’est aussi l’application de « l’intention guide le mouvement » ou de "l’attention centrée, détendue sur un point, un espace" sans force, sans trop se concentrer, la conscience légère, en présence …

Les 3 Régularisations se répondent, chacune influençant les 2 autres.

     La Régularisation du Corps favorise une respiration plus harmonieuse ainsi que l’entrée dans le calme.

    La Régularisation de la respiration favorise le calme et améliore la circulation du Qi et du Sang, le Corps est plus détendu, disponible et active la force douce …

    La Régularisation du Cœur, de l’Esprit acquis (pensées, émotions …) régule la circulation du Qi, du Sang, équilibre le système nerveux autonome, ce qui favorise une respiration régulée, un corps détendu et plus disponible …

A un niveau supérieur, on peut dire aussi :

     Régulariser le corps, pour oublier le corps, afin que le corps ne soit plus un obstacle à la perception de … (à suivre dans un article sur les 3 Régularisations)

     Régulariser la respiration, pour oublier la respiration, afin que la respiration ne soit plus un obstacle à … (à suivre)

    Régulariser le Cœur (les émotions, les pensées …), pour oublier le Coeur, afin que la Coeur ne soit plus un obstacle à … (à suivre)

Pour démarrer la pratique

      Choisir un espace tranquille, aéré, et si les conditions s’y prêtent de préférence à l’extérieur dans un cadre vitalisant en évitant les courants d’air, l’humidité, le froid et la chaleur excessive.

         Ajuster dans le calme et la détente la posture de base et laisser l’auto-organisation du Corps, libre.

Dans cette méthode, tout au moins dans un premier temps, les pieds peuvent être légèrement tournés vers l’extérieur pour favoriser le placement du bassin, des membres inférieurs et le déverrouillage des genoux (au service de l’assise debout).

Prendre le temps d’entrer dans le calme, détendu, relaxé (mais pas mou), la respiration se régule, le sourire intérieur arrive…

Les épaules sont relaxées, l’espace d’attention sous les aisselles est détendu. La nuque est vidée, la mâchoire relaxée et dans le même temps l’espace au-dessus du sommet de la tête est détendu, léger, suspendu et le menton est naturellement invité au retrait.

Les bras jusqu'au bout des doigts prennent une belle longueur de souffle...

L'espace du Cœur, sans aucune précision est relaxé, ouvert, le visage et le regard détendus...

Le thorax relaxé, se vide au fond du bassin, le bas du dos s'allonge...

la taille relaxée, les quatre membres et les 12 articulations se dénouent...

Les pieds et les appuis au sol s'équilibrent...La respiration et le Cœur s'harmonisent ...

Il est important de ne pas forcer, ni dans la concentration, l’intention, tout en permettant au mouvement de bien se déployer.

La respiration devient fine, profond, silencieuse ...

Dans une invitation, à la chinoise "Comme on respire on respire pas", comme on pense on pense pas" la subtilité s'invite elle ne s'impose pas.

Entre chaque série du même mouvement prendre un temps d’ajustement intérieur.

Une pratique de 20 à 40 minutes est une moyenne.

      Dans le domaine du Qi Gong il convient de distinguer l’étude de la pratique.

Dans l’étude on travaille et on met en place les éléments d’une pratique correcte, on corrige, on ajuste les mouvements et d’autres choses, comme dans un cours …Dans la pratique on travaille avec ce qui est là, on régule, on corrige sans effort, sans trop d’importance, on soigne l’état …

      On ne négligera pas l’interface de sortie de pratique, de retour aux activités quotidiennes, Le Shou Gong 收功, c’est la clôture de la pratique, recueillir les fruits, mettre en réserve le Qi et favoriser l’intégration des informations qui vont continuer à œuvrer dans le silence.

        Comment :

    Prendre un temps de repos, utiliser la pesanteur pour activer la sensation du contact au sol, puis ramener la sensation au nombril, ou au bas ventre avec le contact des mains, effectuer un massage circulaire (anti horaire 6x puis en sens horaire 9x) et un temps de pause mains en contact (Main droite puis gauche par-dessus pour les femmes) et inversement pour les hommes en posant l’attention douce dans la sensation.

       Ne pas systématiquement secouer le corps en fin de pratique:

Le système nerveux, le corps dans son ensemble, la conscience organisatrice, vont prendre le temps d’intégrer de nouvelles informations posturales et d’autres plus fines encore.

On peut effectuer des « Shou Gong » légers entre chaque série du même mouvement.

       Parfois la sortie de pratique, c’est "mobiliser et évacuer" dans un premier temps, les tensions, les stagnations (tête, poitrine) résultant d’une pratique débutante (excès de concentration, pratique incorrecte) ou de mauvaises conditions internes ou externes. Ceci pour information,  cette méthode étant peu susceptible de favoriser des désordres de l'énergie.

      Certains facteurs (pathogènes, énergies parasitaires, stagnations délogées), mises en mouvement grâce à la pratique et qui n’ont pas été transformées, se doivent de trouver une porte de sortie et d’être expulsées avant la clôture de la pratique.

      Les énergies incorrectes sont souvent poussées vers les mains par la pratique, le déblocage tissulaire et la mise en mouvement des souffles. Dans ce cas, il convient de favoriser la sortie de ces énergies en fin de séances et s’abstenir trop tôt de se masser le visage et de  placer au niveau au bas ventre . On favorise alors des techniques de sortie et d’expulsion plutôt que de mise en réserve. Souvent dans ce cas (relativement rare), une marche détendue, en affirmant le contact au sol de 5 à 15 minutes ou un automassage, des tapotements descendants sont les meilleures clôtures de pratique.

      Une pratique de « Jing Gong 静功» en position allongée Wo Gong 卧功 peut être une très bonne méthode à associer à cette pratique en mouvement « Dong Gong 动功 » pour en valoriser les effets. Une simple relaxation par parties du corps (détendre et relaxer)convient parfaitement.