Papa Jules, le Saint que j'ai connu
Première partie
Avant propos
Capitaine BERTHELIN Charles
Semaine Sainte – Pâques 1963
Photos ajoutées par nos soins
À notre époque de corruption où l'égoïsme et la concupiscence semblent dominer le Monde, les braves gens, heureusement, ne manquent pas qui, par leur comportement, leur générosité, leur simple bonté, nous font reprendre confiance en l'homme si, par lassitude passagère, nous en venons parfois à désespérer ou simplement douter de l'avenir de l'humanité.
Mais si nous connaissons tous de ces personnes honnêtes et charitables qui tranchent déjà sur le reste des hommes, est-on sûr de pouvoir trouver encore aujourd'hui quelques spécimens de cette classe exceptionnelle, j'allais dire surnaturelle, du règne hominal, que l'on suppose éteinte depuis longtemps et qui par leurs mérites et leurs vertus transcendent littéralement les meilleurs d'entre nous et atteignent à la sainteté ? De toute évidence, les Saints ne courent pas les rues, mais s'ils sont d'une espèce excessivement rare, ils existent néanmoins bel et bien. Immergés qu'ils sont dans la marée humaine, on ne les découvre que tout à fait par hasard, et même s'il nous arrive d'en approcher un, nous ne le reconnaissons pas toujours du premier coup.
J'ai eu cette chance insigne de rencontrer un Saint, de le côtoyer et de vivre dans son intimité, à son propre foyer, à l'occasion de mes congés ou permissions. C'est à notre chère revue que je dois de l'avoir connu, elle a été le chemin qui m'a conduit jusqu'à lui, aussi je me propose à présent que le Saint s'en est retourné au Père, de raconter sa vie, pour l'édification des lecteurs spirites, par reconnaissance envers notre périodique et également par piété filiale du disciple envers le Maître.
Les circonstances de la rencontre
Il y a bien une quinzaine d'années de cela, paraissait ici-même un bref article sur le guérisseur spirite Jules BERTHELIN. Intrigué par la similitude de nos noms, et cela d'autant plus que dans ma famille il était constant d'affirmer que tous les Berthelin avec un H central sont issus d’une même souche ancestrale, j'avais décidé de prendre contact avec ce vieux bonhomme de guérisseur dont l'idéal spirite était une raison de plus à notre rapprochement.
Nous étions donc entrés en correspondance dès cette année 1948, mais par suite de mes séjours outre-mer, ce ne fut qu'au mois de juin 1955, en rejoignant par route mon affectation à Lille, que j'eus la joie de le rencontrer. Je ne l'avais pas trouvé à son domicile, car, ainsi que je l'appris par la suite, c'était le jour où il avait l'habitude de se rendre pour la journée à Liévin afin de visiter et soigner les malades résidant dans ce chef-lieu de canton.
Son voisin me reçut, me fit entrer chez lui et m'apprit qu'il était lui-même guérisseur et disciple du Maître. Il avait entendu parler de moi et il m'affirma que son Maître serait bien déçu en apprenant que j'étais passé, et que nous nous étions manqués, aussi m'engagea-t-il à attendre chez lui le retour du Maître, qui devait avoir lieu par le train de 18 heures. Je me rangeai à cet avis. L'après-midi s'écoula autour du poêle à charbon et de la familière cafetière des foyers du Nord, à parler du Maître. J'appris ainsi beaucoup de choses sur la vie et les activités de celui-ci, et je fus très ému de la vénération avec laquelle mon interlocuteur m'en entretenait.
Nous nous rendîmes à la gare un peu avant 18 heures. Le train ne fut pas long à faire son apparition, en fait, il arrivait presque, et le Maître en descendit bientôt. Il dit quelques mots à son disciple, me salua, et puis, quand il sut qui j'étais, il m'embrassa et me tutoya aussitôt. Je le reconduisis en voiture à son domicile, et il ne fut pas question que je reprenne ma route le soir même, le Maître tenant absolument à m'héberger ce soir-là.
Ce premier contact fut pour moi une révélation, en ce sens que j'étais loin de me faire une idée véritable de la force d'âme de l'intéressé, de son humeur étale et de son incomparable sérénité de cœur et d'esprit. J'eus par la suite d'innombrables occasions de mesurer sa profonde sagesse et son immense bonté car, très peu éloigné l'un de l'autre, je me rendais fréquemment, et toujours avec joie, à l'invitation du Maître qui me recevait dans l'intimité de son home.
Notre idéal spirituel et notre homonymie nous avaient forcément rapprochés, et le Maître me dispensa sans mesure son amitié et m'accorda sans réserve sa confiance.
Jules-Joseph BERTHELIN est né à Noeux-les-Mines, dans le Pas-de-Calais, le 2 mars 1881. Il est le fils de Désiré Berthelin et de Joséphine Lequeux. Il a tout juste un an quand son père meurt. Sa mère se remarie, et de son remariage naîtront trois garçons et deux filles. Jules BERTHELIN est donc l'aîné d'une famille de six enfants. Il fréquente l'école jusqu'à l'âge de dix ans seulement, car sa mère, redevenue veuve pour la seconde fois, n'a pas suffisamment de ressources pour élever ses enfants, qu'elle fait vivre en faisant des lessives chez des particuliers.
Par la force des choses, le petit Jules BERTHELIN est contraint, dès sa dixième année, de mendier le pain de ses frères et sœurs. Il frappe de porte en porte et parfois on le rencontre sur les chemins qui mènent aux villages environnants, où il se rend dans le même but.
À 13 ans, l'âge minimum requis pour pouvoir être engagé à la mine, il entre dans une société minière de charbonnage et travaille au fond.
Déjà entre dix et treize ans, alors qu'il sillonne les routes campagnardes à la recherche de la subsistance de sa famille, il a à plusieurs reprises des visions. Il voit entre ciel et terre des êtres charmants et gracieux qui lui sourient et parfois lui parlent. En d'autres circonstances, il entend comme une musique céleste, douce et merveilleuse. Aussi à sa sœur cadette, qui généralement l'accompagne, demande-t-il si elle ne voit pas les anges qui viennent vers eux, ou si elle n'entend pas la musique du ciel.
Toutefois, à l'âge adulte, lorsqu'il fait le bilan de sa jeunesse et qu'il se voit toujours aux prises avec les difficultés de la vie, en lutte avec la misère qui ne l'a pas abandonné, il a totalement perdu la foi de son enfance et ne croit plus en rien ; Il nie absolument l'existence de Dieu et l'utilité de la vie.
Jules Berthelin entre au service militaire en 1902 et dès sa libération en 1904, il retourne à la mine et travaille au fond. Le 27 octobre 1906, il épouse à Noeux-les-Mines Marie VIGNERON, une solide femme de ménage qui lui donnera une progéniture peu ordinaire.
Et voilà qu'un jour en 1909, tout au fond de la mine où il peine, une voix se fait entendre qui lui prédit qu'il viendra un temps où il soignera les malades et obtiendra leur guérison. Sa première réaction est de se demander s'il n'est pas victime d'une hallucination mais comme le phénomène se répète avec plus d'insistance les jours suivants, il craint pour sa raison et pense que ce sont là des symptômes précurseurs de la folie. Il le dira encore dans les dernières années de sa vie. « À cette époque et devant l'intensité de ces voix pressantes qui se répétaient presque quotidiennement, je me suis demandé si je n'allais pas devenir complètement fou. » Jules BERTHELIN ne s'explique pas autrement cette anomalie qu'en la reportant à une cause pathologique, car depuis longtemps déjà il a rompu avec Dieu. Quant aux Esprits et au Spiritisme, il n'en a jamais entendu parler. Il ne pourrait même pas d'ailleurs envisager cette hypothèse car il est pour l'heure un matérialiste convaincu. Il réagit violemment contre ces voix qu'il ne veut absolument pas entendre, et le voilà qui tombe malade la même année. Il se plaint tout d'abord de névralgies intercostales qui le font atrocement souffrir. Puis celles-ci persistant, il dépérit. Les médecins qu'il consulte n'y comprennent rien et concluent tout simplement à une grande faiblesse générale. Les soins qui lui sont prodigués sont inopérants, et c'est alors qu'un ami lui conseille, en désespoir de cause, de se rendre auprès de certains guérisseurs professant à Douai. Ces guérisseurs travaillant en triangle avaient créé l'Institut des Forces Psychosiques. Leur renommée s'étendait à toute la France et à l'Etranger, mais ils étaient surtout connus dans les milieux spirites. Ces trois thaumaturges étaient BEZIAT, PILLAUT et JESUPRET.
Jules BERTHELIN décida de leur confier son sort et leur fit visite à Douai. Il y avait, comme à l'accoutumée, foule chez nos guérisseurs. Quand vint le tour de Jules BERTHELIN, ce fut PILLAUT qui le reçut et après quelques instants de conversation, PILLAUT, ahuri, appela ses confrères en leur disant : « j’ai ici celui qui nous a été annoncé ! »
Biographie


Photo de famille Jules et Marie Berthelin ( non libre de droit)




Que s'était-il passé ?
Quelques mois auparavant, au cours d'une séance de spiritisme tenue par nos trois thaumaturges, le guide du groupe leur avait annoncé qu'un mineur, âgé d'une trentaine d'années, souffrant de tels maux, viendrait les consulter après avoir tenté sans succès, de la médecine légale. L'esprit avait donné des détails sur l'enfance malheureuse du futur consultant, sur sa vie actuelle, sur sa résidence dans un département voisin de celui du Nord, et il avait bien précisé que le malade avait entendu des voix lui révélant sa vocation future mais qu'il n'y prêtait aucune attention parce que se croyant sur une voie dangereuse avec la folie pour seule issue. Il terminait son message en affirmant que le malade serait aussitôt guéri, qu'il avait lui-même le don de guérir, et qu'il était nécessaire en conséquence que nos trois guérisseurs le raisonnent, le conseillent et lui montrent sa véritable voie, et cela d'autant plus qu'il était appelé à devenir leur successeur après avoir été leur disciple.
En définitive, c'était l'esprit guide du groupe de l'Institut des Forces Psychosiques de Douai qui s'était manifesté auditivement à Jules BERTHELIN au fond du puits de mine où il suait à la tâche.
Ce qui avait été prédit fut accompli. Jules BERTHELIN recouvra la santé en très peu de temps ; il ne lui resta aucune trace de son mal inexplicable, et bientôt il obtiendra lui-même sa première guérison.
Nous sommes en 1910 : Jules BERTHELIN rend visite à des membres de sa famille résidant à Avion, (Pas-de-Calais). Justement il y a deux malades dans la maison. Pour la première fois, il va essayer son don ; Iil leur impose les mains et les guérit.
Désormais sa ligne de conduite est toute tracée. Puisque le Ciel a décidé qu'il doit se vouer aux malades, il soignera et guérira et il s'adonnera à cette tâche complètement, avec désintéressement, jusqu'à la dernière heure de sa vie. Et ainsi, progressivement, il va recouvrer la foi en Dieu et la foi en la Vie.
Mais comme il s'est juré de ne pas vivre des offrandes de ses malades, il a décidé de continuer à travailler à la mine pour faire vivre sur son seul salaire, sa femme et ses enfants. Et c'est pour cette raison que l'on voit Jules BERTHELIN, après un labeur épuisant à la mine, enfourcher le soir sa bicyclette et rouler sur les chemins départementaux ou vicinaux pour aller soigner ses malades.
À ce train d'enfer, il s'épuise vite, et puis quand il est de travail de nuit, il ne peut se rendre auprès de ses malades et ceux-ci en pâtissent, alors il demande, contre son intérêt matériel, à quitter le fond pour un emploi de surface qui lui laissera la libre disposition de ses soirées.
Jules BERTHELIN est mobilisé en février 1915, mais il est réformé pour la vue trois mois après, et cela conformément à une prédiction de son guide qui lui avait dit qu'il était plus utile auprès des malades qu'aux armées. Il reprend aussitôt son emploi aux charbonnages et ses activités philanthropiques. Il sillonne, en dehors de ses heures de
travail, les routes du Pas-de-Calais, car il a des malades dans presque tous les villages du département, et on le verra même à Doullens, dans la Somme, à quelques 40 kilomètres de son point de départ.
Cette intense vie d'activités partagée entre la mine et les malades, Jules BERTHELIN la poursuivra jusqu'en octobre 1943, date à laquelle les charbonnages de France lui concèdent une retraite après 49 années de bons et loyaux services. Désormais, tout son temps est mis à la disposition des malades.
À 62 ans donc, il enfourchera sa bicyclette le matin de très bonne heure et ne rentrera que très tard le soir chez lui après s'être rendu dans plusieurs villages où les malades attendent sa visite, ses soins spirituels et ses paroles réconfortantes. Car Jules BERTHELIN ne se contente pas seulement d'imposer les mains, de guérir les maux, mais il sauve encore les âmes. À l'instar du Maître PHILIPPE de Lyon, qu'il n'a pas connu du reste, il s'efforce de ramener ses malades dans la voie du bien et surtout de la charité, car il estime aussi que Dieu n'accorde ses grâces que dans la mesure où l'on est capable de donner soi-même. Alors demande-t-il aux malades de prier et d'être charitable envers leur prochain. Et pour commencer, de ne plus médire des uns et des autres, de se réconcilier avec ses ennemis.
En 1949, âgé de soixante-huit ans, il tombe gravement malade et on le croit perdu. On suppose dans son entourage qu'il a un ulcère à l'estomac, mais il se refuse à consulter un médecin quand sa femme le lui conseille. Il s'alite et lui-même pense que sa dernière heure est venue. Il fait cette prière sublime : « Père, que votre volonté soit faite ! Si je dois mourir, je suis prêt à me présenter devant votre face. mais si vous jugez que je suis encore utile à mes malades, je serais heureux de vivre encore un peu de temps pour eux. Au moment où il sera le plus mal, son guide lui apparaîtra, se tiendra quelques instants à son chevet, juste le temps de lui dire : « Ce n'est pas encore ton heure ; ce n'est qu'une épreuve aussi tu vas guérir, mais dans l'échelle spirituelle, cette souffrance t'aura permis de franchir un nouvel échelon ». En vérité, Jules BERTHELIN, dès cet instant, se sent revivre, il passe une bonne nuit et le lendemain il est sur pied, reprenant aussitôt ses activités. Toutefois, à partir de ce moment, il décide, en raison de son âge et de sa force physique qui a malgré tout sensiblement décru, de soigner à son domicile seulement. Une fois par semaine, il se rendra par le train à Liévin où il a son gendre et sa fille, et chez lesquels il prodigue ses soins aux malades de l'endroit.
Jules BERTHELIN a soigné, a guéri, a prodigué la bonne parole jusqu’à la dernière heure de sa vie. Il s’est éteint paisiblement, comme un saint qu’il était, le mardi 29 janvier 1963 à 8h30. Depuis deux mois ses forces diminuaient mais il poursuivait malgré tout inlassablement sa tâche et la veille de sa mort il recevait encore à son domicile des malades auxquels il imposait les mains et semait la bonne parole.
Trois jours avant sa mort, il avait informé sa femme de sa fin toute proche et il lui avait fait ses dernières recommandations pour sa succession à la tête de l’Institut des Forces Psychosiques qu’il avait hérité de BEZIAT, PILLAUT et JESUPRET une trentaine d’années auparavant.
Le 28 janvier au soir, sa femme décide d'appeler un médecin. Celui-ci lui prend la tension, elle est faible, et il ne cache pas au patient qu'on a trop tardé à le faire venir. Le 29 au matin, sa femme lui prépare comme d'habitude une tasse de café et une assiette de porridge, car Jules BERTHELIN a conservé jusqu'au terme de son existence un excellent appétit. Elle les lui porte au lit, lui parle, il ouvre les yeux, la regarde, et rend son dernier soupir sans dire un mot, dans le plus grand calme. Il est mort sans aucune souffrance avec la sérénité des agonisants qui sont déjà dans le sein de Dieu. Il était âgé de 82 ans. Il a été enterré le 1er février dernier à Noeux-les-Mines, sa ville natale, qu'il n'a jamais voulu quitter, même pour prendre un peu de vacances qu'il aurait pourtant bien méritées. Ses obsèques se sont déroulées en plein hiver, l'un des plus rudes que l'on ait connu depuis longtemps, et malgré la rigueur du froid et le verglas, une grande foule de personnes éplorées, malades et sympathisants, ont tenu à le conduire à sa dernière demeure.
Sa tombe est toute modeste, comme le fut sa vie, car il avait toujours demandé que le lieu de son dernier repos fût de toute simplicité, sans monument d'aucune sorte, car lui-même avait été et su rester un simple.
Depuis sa disparition, des malades des villages du Nord non prévenus viennent encore frapper à la porte de sa maison pour recevoir ses soins. Sa veuve les reçoit, leur fait part de sa triste nouvelle, et tous, le cœur déchiré, fondent en larmes en prononçant ces quelques mots : « C'était un Saint ».
Jules BERTHELIN a eu six enfants, quinze petits-enfants et dix arrière-petits-enfants, tous sont vivants et en parfaite santé. Cette progéniture remarquable prouverait à elle seule qu'il a bénéficié des grâces divines et que la bénédiction du ciel s'est étendue à sa génération. Au train où ses petits-enfants grandissent, se marient et multiplient à leur tour, je suis bien persuadé que se vérifiera à son sujet cette parole de l'Écriture : « Il sera béni jusque dans sa septième génération. »